
Le brancardier vient me chercher. C'est le jour où il vient d'embaucher à la clinique. Je dois être la première personne qu'il descend au bloc. Aujourd'hui, il y fait plus froid que d'habitude.
L'athmosphère est lourde.L'anesthésiste est prêt. Je sais que ce sont les dernières minutes pendant lesquelles je suis encore entière. J'ai envie de pleurer. Je n'ai pas le choix. La prémédication
n'atténue en rien la souffrance que je ressens. Je me sens seule, face à mon bourreau, qui, avec ma permission, va, dans un instant, me mutiler dans ce que j'ai de plus intime, une sorte de viol
consenti.
.....C'est déjà une autre personne que l'on remonte du bloc opératoire. La désignation de "personne" n'est déjà plus adéquate. Je ne me sens plus quelqu'un. Je suis déjà quelque chose
d'indéfinissable qui ne ressemble plus à rien si ce n'est à une anomalie, un "ersatz" d'un être dit "humain" dont je ressens le corps comme d'un mensonge de moi-même. Je sens le pansement collé sur
ce qui doit ressembler à un dos, sur tout le côté droit de mon buste......
(extrait du livre non publié à ce jour, relatant mon premier cancer, celui de mai 2003 auxquels se sont succédés 5 autres depuis, tous différents. Je tiens à préciser aux lecteurs que je n'ai
jamais eu, ni rayons, ni chimio, j'ai eu la chance infinie d'avoir un ange sur mon épaule et de les avoir détecté avant que l'IRM confirme, donc, tous pris à temps, jusqu'à aujourd'hui.
Mon traitement a toujours été l'ablation....Nombre d'anesthésies générales à la clef, des interventions nombreuses, je n'ai plus que mon vagin de "gynécologique", lui aussi, placé sous haute
surveillance. J'ai fait reconstruire mes deux seins, avec les greffes nécessaires.
Je viens ici lever un TABOU . Je viens dire ici que les cancéreux n'ont surtout pas besoin de compassion ! Ils ont besoin d'amour, d'amitié, de solidarité ! La pitié, c'est fait pour les chiens !
Les cancéreux aiment la vie, comme les autres !
Il faut savoir que le cancer tue aujourd'hui plus que le sida, la malaria et la tuberculose réunis !
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J'ai une pensée pour des amis à moi, passés de l'autre côté, souvent par manque de prévention !!!! ils auraient pu pour beaucoup être sauvés s'ils avaient fait des dépistages !
Je vous livre ici un poème que j'ai fait pour imager le cancer :
CANCER ET DAMNATION
Nous sommes tous sans le savoir
Sur l'échiquier de la vie
En nous sommeille le chat noir
Qui doit se méfier des souris......
Elles sont grises et parfois blanches
Et les rôles sont inversés
Combien y pensent à ces dimanches
Quand la vie vient de basculer....
Le chat noir se nomme CANCER
Et tel un serpent il opère
Métamorphosé en souris
Qui veut nous grignoter la vie
Alors ! Il faut sortir nos griffes
La souris est à l'intérieur
Qui vient à petits pas hâtifs
Installer en nous cette peur.....
Comme une épée de Damoclès
On vit avec et à genoux
Je viens ici à votre adresse
Enfin en lever le tabou !!!